« Je ne sais pas si je crois en Dieu »

Cher Jean-Marc,

Tu m’as dit il y a quelques jours: « Je ne sais pas si je crois en Dieu ». Tu avais le ton de quelqu’un qui cherche, qui réfléchit, qui aimerait savoir. Il me semble que je ne t’ai pas répondu.
Pourtant c’était un peu une question de ta part: tu voulais savoir si moi, je crois, et pourquoi.

C’est vrai que quand on regarde le monde, on est pris entre deux sentiments.
D’un côté on se dit que cet immense univers n’est pas venu là comme cela tout seul; devant une aile de papillon, ou un coucher de soleil, on pense parfois que ces merveilles doivent avoir été créées par un esprit supérieur.
Et d’un autre côté, quand on voit tout le mal, toute la misère, toutes les horreurs qu’il y a sur terre, on ne comprend plus. On pense que s’il y a « quelqu’un » (un Dieu) qui a créé tout cela, c’est un Dieu mauvais, méchant; ou indifférent. Et on le refuse.

En même temps on a peur quelquefois: et si c’était vrai? Et s’il y avait des êtres invisibles qui étaient là autour de nous? Horrible! Insupportable!

On se dit aussi que ce sont des idées dépassées: les hommes primitifs avaient besoin de se rassurer. Mais nous, maintenant, « on sait » comment fonctionne le monde, comment se fait le développement de l’embryon qui devient ensuite un homme ou une femme, etc. « On sait » comment le cerveau réfléchit, comment il masque ses peurs en se fabriquant des histoires.

Personnellement je ne pense pas qu’on sache tant de choses que cela; je suis d’accord qu’on sait beaucoup de choses, mais il y en a davantage qu’on ne sait pas. La science a encore énormément de chemin à faire.

Et je pense surtout qu’il y a deux choses qui sont plus importantes que tout dans notre vie: l’amour (je préciserai peu à peu dans d’autres billets quel sens je donne à ce mot), et l’ouverture: aux autres et aux idées nouvelles.

L’ouverture, c’est de ne pas croire qu’on sait tout: qu’on sait ce qui est possible et impossible. Par exemple la radioactivité a été découverte par hasard: il y a peut-être d’autres lois aussi importantes que nous ignorons encore. Et, en ce qui concerne le corps humain et le cerveau, on est loin de comprendre ce qui se passe: comment la pensée fonctionne etc.

Les bons scientifiques savent qu’on ne peut découvrir des phénomènes nouveaux que si on a l’esprit suffisamment ouvert: si on ne croit pas déjà savoir ce qui est possible et ce qui est impossible.
Un exemple particulièrement remarquable est ce qu’on appelle les « expériences aux frontières de la mort » (en anglais « NDE »):  il semble bien – le nombre de cas qui ont été rassemblés est énorme (1) – que, dans certaines circonstances, la pensée, la vue et l’ouïe continuent à fonctionner alors que le cerveau est absolument inactif: dans ces cas-là, avec quoi d’autre que le cerveau pense-t-on?
Certains écarteront ces faits, pourtant nombreux, en disant qu’ils ne sont pas « reproductibles »… Mais la science n’est pas faite que d’événements directement reproductibles: par exemple la psychologie, l’histoire, etc. ont découvert des lois à partir d’observations toujours différentes.

La notion d’ouverture d’esprit est centrale. Un homme du moyen âge à qui on montrerait un objet maintenu en l’air par un aimant, ou une voiture qui avance sans chevaux, ou un avion, etc., croirait à de la « magie », parce que ces phénomènes font appel à des lois qu’il ne connaît pas. Et bien de même un jour on comprendra peut-être les lois des NDE, mais à condition de ne pas refuser de « croire » à l’existence de ce phénomène, comme trop de scientifiques actuels. De même un jour peut-être on maîtrisera l’invisibilité! Mais si on dit actuellement qu’il y a peut-être des extraterrestres invisibles dans des « soucoupes volantes » autour de la terre, on passe pour un fou (j’ai rencontré une astronome qui disait cela d’un de ses collègues à propos de ce sujet précis).

C’est que chacun met des limites à ce qu’il est prêt à admettre. Il y a des gens plus ouverts que d’autres. Cela ne veut pas dire qu’ils croient toutes les sornettes que des charlatans peuvent raconter. Mais ils sont prêts, aussi bien à ce que telle ou telle idée « folle » soit vraie, qu’à ce qu’elle ne le soit pas. Ils ne sont pas crédules, mais attentifs. Ils admettent que le réel est plus compliqué que ce que nous en savons actuellement. Ils essaient de rester sensibles à toute perception, à toute idée qui n’est pas stupide. Ils reconnaissent que parfois derrière une idée qui paraît « incroyable » il y a du vrai.

Donc, sur beaucoup de questions, il ne faut pas dire « je sais », mais « il me semble que ».

Et en ce qui concerne « Dieu », c’est la même chose. On ne peut pas dire: « Je sais qu’il n’existe pas! » Ce serait d’une prétention invraisemblable!
On peut, si l’on veut, dire « je crois qu’il n’existe pas ». C’est ce que dit le philosophe athée Comte-Sponville.

Mais la question qui reste, et qui est très importante, est: de quoi, de qui – quel être mythique – parle-t-on quand on dit: « il n’existe pas » ?

Nous en reparlerons !

—–

(1) Voir par exemple le livre « Deadline », écrit par un médecin non croyant.

27 novembre 2013

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